Namaste!
Toute matière (Tamas), ainsi que le mouvement (Rajas) et la Conscience (Sattva) émergent du vide.
A l'école de yoga de La Saulce, nous travaillons actuellement à explorer le coeur, Anahata, et ses contenus.
Afin d'éviter de se fourvoyer dans les méandres de ce granthi, revenons un moment à l'essentiel: la qualité de notre attention.
Car en effet, notre civilisation nous surentraîne à une attention focalisée en un point, en général une préoccupation, faisant fi de l'espace environnant, privilégiant sans cesse le contenu au contenant.
Pourtant quelle valeur aurait une jarre si elle ne s'ouvrait pas sur le vide?
Ainsi portés par une attention toujours étroite (définition donnée par le Pr Les Fehmi), nous consummons une énergie folle à régler toute sortes de problèmes réels ou factices, passant d'un kala à l'autre, sans percevoir ni le temps ni l'espace qui nous contient et que nous pourrions transcender.
Elargir son champ de conscience, voilà la vraie gageure.
Eduqués très jeunes à cet art du vide, les asiatiques ne conçoivent le monde qu'au-travers des volumes et des distances, l'objet lui-même étant relégué au second plan.
C'est pourquoi les arts hermétiques (Ikebana par exemple) ont un sens qui nous échappe: là où nous voyons un bouquet de fleurs, les japonais voient le vide qu'il contient.
Padma Mudra. Qu'y voyez-vous? La corolle ou le vide?
Certains occidentaux ont néanmoins abordé cette conception de l'attention, jouant avec Maya, l'illusion, qui pervertit la réalité objective par nos incessantes projections égotiques.
Le plus emblématique artiste contemporain de ce courant de l'attention ouverte reste certainement Vasarely, dont les espaces mouvants s'adaptent à la façon dont on les observe.
Mais dès la Renaissance, De Vinci, Raphaël et consors ont joué avec l'objet et le vide.
' Natur ' de Victor Vasarely. Que voyez-vous?
Pour en revenir à Anahata, il faudra, pour que le centre accepte de dévoiler ses contenus, passer de la vison étroite à la visison globale et distanciée.
Cela nécessite une véritable rééducation, visuelle, sensorielle, posturale... L'enjeu est majeur, la voie longue et laborieuse, mais les bienfaits incommensurables.
Le bonheur ne réside pas dans l'objet mais dans son volume, sa distance à nous, à notre façon de le regarder.
L'espace, l'éther,le vide, le 5ème élément, nommez comme bon vous semble la demeure de Shiva, dans toutes les asanas, dans chaque sadhana, dans chaque instant.
Pieds-nus sur la Terre sacrée. Sentez-vous l'espace de contact entre votre peau et le sol?
Bien voir , percevoir, est devenu, en ce siècle où la vue est le canal privilégié de compréhension du monde, une compétence fondamentale.
Il est urgent de se rééduquer à la pleine conscience de l'espace, par des exercices spécifiques ayant pour supports les yantras, le corps ou tout autre manifestation du vide.
C'est pourquoi je guiderai les élèves de l'école de yoga, lors des semaines à venir, à élargir le champ de perception vers une vision tridimensionnelle.
Il nous sera peut-être alors possible de comprendre le koan:
L'homme regarde la fleur, la fleur sourit.

jp