Méditation, encens et Kundalini.
Namaste!

Notre force de vie, d'après le Tantrisme, réside en nous sous la forme d'un feu qui couve, de braises trop longtemps endormies au fin-fonds de Sushumna, l'axe énergétique vertébral.
Au-delà de la porte de Kanda, l'extémité du coccyx, sommeille le serpent Ananta, enroulé trois fois sur lui-même, et pris dans le givre de l'inconscient.

Lorsque nous pratiquons le yoga, asanas et prânâyâmas bousculent la froide torpeur et le reptile luminescent ouvre un oeil, s'étire et transforme Susuhmna en une colonne de lumière.
Toute cette aventure métaphorique rappelle que l'état grossier de l'être, empêtré dans ses pensées et sa dualité, gouverné par Citta, le mental insoumis, ne peut développer le potentiel d'énergie disponible. De même, on ne pourra prétendre à la pure conscience si les émotions transforment nos souffles subtils en vulgaires ventilations pneumatiques.

Cette alchimie de la subtilité est toute entière contenue dans le simple geste qui consiste à allumer un bâton d'encens.
La matière, inerte et somnolente, s'embrase doucement, dessinant à son extrémité un ligha rouge, un sexe au gland luminescent, un brasier nouveau.
Le feu ainsi rallumé, les résines grossières deviennent aériennes, prâniques et s'élèvent en volutes aux contours impermanents.
Du feu naît un souffle plus spirituel, moins organique.

Que dire par ailleurs de la fragrance?
Lié à nos Souvenirs et Sâmskaras, le parfum ravive les sens et permet de régresser jusqu'aux contenus les plus anciens, nichés dans les roues du coeur ou du sexe, là où l'on a patiemment refoulé et enterré nos désirs les plus extravagants.
Ainsi portée par la sensualité d'un parfum qui nous parle, notre régression devient progression, car c'est le voyage qui mène du Moi vers Soi auquel nous invite l'encens.
Et, conscient de toute cette gestuelle symbolique, conscient des notes qui se dévoilent par-delà la fumée, conscient enfin d' Être pleinement Ici et Maintenant, l'encens devient un vecteur d'éveil, le cygne du Hamsa qui nous prête ses ailes pour s'élever parmi les volûtes, bien au-dessus des mécanismes grossiers et automatiques d'une vie sans présence.

Comme il nous faudra, à l'heure du dernier souffle, laisser s'échapper la Kundalini par la porte de Shiva, la fumée luminescente de notre âme indinvidualisée reprendra son envol par la fontanelle, et par-delà la spirale de nos cheveux nous poursuivrons notre voyage, captif cependant dans la roue du Sâmsâra.
Ainsi s'échappe la fumée de l'encens, libérée de son emprisonnement par le feu et la conscience.
C'est là l'utime enseignement de ce simple geste, de ce simple jeu, entre une allumette et la pointe d'un bâtonnet conçu souvent à l'autre bout du monde, pour notre propre éveil.

jp









